Samedi, à Gloucester (défaite 10-22), Biarritz a été sanctionné à quinze reprises par Monsieur Allen (photo l'Equipe), l'arbitre du match. Beaucoup trop, évidemment, pour espérer gagner. Alors, arbitrage sévère ou indiscipline notoire ? Derrière cette question est résumée toute la difficulté de la mise en place des nouvelles règles. Avec deux regards différents, voire antagonistes. Qui vont devoir se rapprocher.
L'exemple biarrot
Après la défaite à Gloucester, les Biarrots sont rentrés au Pays basque avec de gros regrets, pas mal d'amertume, et même un peu de colère. Ils savent en effet qu'ils auraient pu ramener au moins le point de bonus du Kingsholm, face à un adversaire direct pour la qualification en quart de finale. Et ce qu'il a manqué, c'est d'abord de la discipline et de la rigueur. Un coup d'oeil aux statistiques résume tout : quinze pénalités ont été sifflées contre les Basques, pour quatre seulement contre les Anglais. Cette différence abyssale explique presque toute seule pourquoi le BO a perdu. Le mal est donc évident, et les Basques le savent bien. «On a été beaucoup pénalisé. A nous de nous mettre moins à la faute sur les rucks. En Coupe d'Europe, si tu veux ramener des points, tu n'as pas le droit de te faire sanctionner de la sorte. Nous devons nous sensibiliser sur les phases de combat et ne plus se faire attraper par la patrouille», reconnaît le capitaine Jérôme Thion, qui a reçu un carton jaune.
Avec les nouvelles règles, notamment dans les rucks, il faut en effet repenser sa façon de jouer, s'adapter à une nouvelle façon d'aborder les phases de combat. Bref, se remettre en question, et accepter le changement, ce qui n'est pas toujours facile. Ainsi aujourd'hui les arbitres sont souvent montrés du doigt, alors que leur mission n'est pas plus facile que celle des joueurs. Jack Isaac, l'entraîneur des lignes arrières du BO, tenait après la rencontre un discours à la mode : «Notre discipline n'a pas été au niveau et nous avons beaucoup de travail devant nous, mais les arbitres aussi. Aujourd'hui, j'ai été très déçu par M. Allen qui n'a pénalisé que d'un côté des fautes que les deux équipes commettaient.» Un peu plus tard, il persistait, en accusant un peu plus le corps arbitral : «L'arbitre n'a sifflé que d'un côté. Il y eut des choses sifflées contre nous qui ne l'ont pas été contre eux.» Pire, il a même abordé la thèse du complot : «C'est un peu un mystère pour nous d'être venus ici en sachant comment la rencontre serait arbitrée». Un discours qui peut choquer, et qui est éloquent de l'incompréhension grandissante entre les clubs et les instances.
«Taper un grand coup»
L'exemple biarrot n'est pas isolé, et les arbitres ont été souvent pris pour cible depuis le début de saison. Et cette nouvelle affaire mérite de s'intéresser de plus près à la situation actuelle. Christophe Berdos est un arbitre international, l'un des meilleurs selon l'IRB, et il fait partie de ceux qui sont allés prêcher la bonne parole dans les clubs avant la saison pour expliquer ces nouvelles règles. Pour lui comme pour les autres, «ce fut compliqué». Mais il fallait faire comprendre aux joueurs que le jeu avait changé, et pour cela seule la sévérité a semblé efficace.
Le "tout sanction" pour passer en force, voilà en gros l'idée de départ, quitte à faire grincer quelques dents. Berdos assume, même le fait d'avoir rogné sur la qualité des rencontres : «Disons qu'on est passé d'un extrême à l'autre. Au début de saison, on a dit qu'on sanctionnerait tout, sans forcément analyser, en se référant uniquement à la règle, qui est de jouer debout. Maintenant, on commence à réfléchir pour essayer d'analyser l'intention du joueur offensif, pour savoir s'il va au sol de manière intentionnelle ou pas. Je pense qu'il fallait taper un grand coup. Il y a la règle et l'esprit, on a oublié l'esprit sciemment , mais je crois dans le championnat français, il fallait taper fort. Ils étaient habitués à ce que l'on soit plutôt conciliants.»
Les Anglais en avance
Certes, mais cette attitude a souvent été mal comprise. Tout comme la différence d'interprétation d'un arbitre à l'autre, qui sifflait plus ou moins selon le contexte et qui n'a pas accéléré l'acceptation du changement. Alors y-a-t-il eu des dérives ? «Ce n'est pas faux, avoue Berdos, et je crois qu'il faut savoir nous aussi accepter nos erreurs et nous remettre en cause. On l'a déjà fait.» Reste donc à continuer sur cette lancée pour transformer l'essai. Et les clubs français, au lieu de taper sur les arbitres, ont d'abord intérêt à travailler et à faire des efforts sur la discipline, traditionnel talon d'Achille du rugby tricolore. Et si Gloucester a été cinq fois moins sanctionné que Biarritz, il y a bien une raison, qui n'est sans doute pas du favoritisme. Berdos avance une explication : « Je pense que les Britanniques sont en avance par rapport à nous dans leur préparation. Ils ont de très belles attitudes, ils ont travaillé, ils arrivent debout, et même sur la zone de plaquage, ils essaient d'éloigner le ballon du corps pour le protéger. Ils ont intégré ces règles. C'est plus un problème d'approche et d'après ce que j'ai vu, les clubs français ont pris un peu de retard par rapport aux clubs britanniques.»
Le combat continue donc, et les matches internationaux devraient permettre d'enfoncer le clou. «On attendait avec impatience l'arrivée de la Coupe d'Europe pour montrer aux clubs que ce qu'on avait sifflé en début de saison le serait aussi au niveau européen. On en a la preuve», estime ainsi l'arbitre français. Au final, on comprend bien que tout est une question de discipline, quel que soit le côté d'où l'on se place. Chacun doit fait un effort pour accélérer le processus. Beaucoup de choses ont déjà changé, mais le chantier reste en cours.
Aymeric MARCHAL

