Maintenu à la tête de l'équipe de France malgré un Euro 2008 manqué, Raymond Domenech a connu ensuite moult tourments. Mais il a été à nouveau laissé aux commandes des Bleus ce mercredi. (Photos L'Equipe)



3 juillet 2008. Raymond Domenech est invité par le conseil fédéral à expliquer l'échec de l'Euro et, ce faisant, à défendre sa propre candidature. Le sélectionneur ne prend pas de risques : il joue sans se découvrir, concède des erreurs, et s'éclipse en sachant que le président Escalettes milite pour son maintien. Un vote à main levée confirme Raymond Domenech dans ses fonctions de sélectionneur (19 pour, une abstention).
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163 juillet 2008. Raymond Domenech est invité par le conseil fédéral à expliquer l'échec de l'Euro et, ce faisant, à défendre sa propre candidature. Le sélectionneur ne prend pas de risques : il joue sans se découvrir, concède des erreurs, et s'éclipse en sachant que le président Escalettes milite pour son maintien. Un vote à main levée confirme Raymond Domenech dans ses fonctions de sélectionneur (19 pour, une abstention).
163 juillet 2008. Le patron de la FFF place cependant le sélectionneur sous une forme de tutelle. « Le sélectionneur ne change pas, mais Raymond Domenech devra changer » résume notre site. Il devra changer sa communication, abandonner la logistique à un Club France « politique », accepte deux changements dans l'encadrement, renforce le staff technique avec l'arrivée d'Alain Boghossian et reçoit le message de Gérard Houllier, qui prône un football plus offensif et dynamique. Celui qui a triomphé à l'Euro.
1612 août 2008. Il faut attendre plus d'un mois pour assister à la rentrée médiatique du sélectionneur. Dans un long entretien à L'Equipe, il accepte pour la première fois la notion « d'échec » à l'Euro. Il regrette d'avoir cru pouvoir refaire en 2008 le coup de 2006. A ses détracteurs, dont les rangs restent nourris, il adresse aussi cet avertissement: «Les gens qui pensent qu'un sélectionneur, un entraîneur, et moi en particulier, peut être mis sous tutelle, sont soit stupides, soit totalement privés de lucidité.» Domenech continuera à faire du Domenech : « Maintenant, je sais qu'il faut faire ce que l'on a envie de faire, et contre l'avis de tout le monde s'il le faut. »
1616 août 2008. En Suède, pour bien souligner qu'un nouveau cycle commence, le sélectionneur sur-joue son nouveau rôle. « Générosité, humilité, engagement », scande-t-il face aux micros. En hommage aux héros de la campagne suédoise de 1958, un maillot est remis à Raymond Kopa et Just Fontaine sur la terre de leurs exploits. Tout le monde est beau et gentil, même Domenech.
1616 août 2008. En interne, les cicatrices de l'Euro ne sont pas refermées. Le sélectionneur a un long aparté avec Florent Malouda, qui officialisera son mal-être quelques semaines plus tard dans L'Equipe. «A l'Euro, j'ai joué comme le sélectionneur m'a demandé de jouer. Ce qui m'a déçu, c'est qu'il ne se soit pas exprimé sur le sujet. Il y avait un discours tenu en privé, pas en public. J'ai été pris pour cible. » Il attribue sa sortie de l'équipe à la mollesse du sélectionneur, qui aurait écouté l'opinion publique? Plus tard, Grégory Coupet décrira une ambiance minée : « M. Domenech joue avec les gens. »
1616 août 2008. Le premier match de l'année est amical, à Göteborg, en Suède, mais Domenech sait qu'il a été mal maintenu et qu'il reste fragile. « Je suis d'autant plus motivé que je suis sous pression. Et là, on peut dire que je suis vraiment sous pression », dit-il. C'est la première apparition à ses côtés d'Alain Boghossian, son adjoint.
166 septembre 2008. Vienne. Le soir où tout aurait pu, (dû ?), basculer. En Autriche, l'équipe de France touche le fond et perd sur trois coups de pied arrêtés (1-3). Inexistante en tant qu'équipe, ridicule sur certaines phases de jeu, elle concède sa troisième défaite consécutive en compétition, du jamais-vu depuis presque quarante-cinq ans. En conférence de presse, Raymond Domenech continue d'exaspérer ses détracteurs. Pour contrer les attaquants autrichiens, il aurait fallu « des escabeaux? » La succession du sélectionneur est ouverte. Les partisans de Didier Deschamps n'ont pas désarmé. Laurent Blanc rappelle au passage qu'il a toujours eu de l'intérêt pour le poste. Gérard Houllier est la solution de recours naturelle pour la FFF. Et la présence sur le banc d'Alain Boghossian, comme adjoint, n'est pas sans créer quelques troubles. Au moment de son intronisation, il avait confié son intérêt pour le poste.
169 septembre 2008. Ne pas gagner contre la Serbie, le mercredi suivant, serait fatal à Domenech. Fragilisé, l'homme est à bout. La veille de France - Serbie, il croit rendre à la presse son propre venin en lâchant d'entrée : «Il y a du monde aujourd'hui. Ah oui, c'est vrai. L'odeur du sang vous intéresse. Je suis content d'une seule chose : les lois d'exception et la guillotine n'existent plus. Sinon, certains se feraient un malin plaisir de me mettre sur l'échafaud. Je n'ai tué personne. Si j'avais tué quelqu'un, je serais peut-être mieux servi. J'aurais eu des circonstances atténuantes.» Domenech reste lui-même aux yeux de ses détracteurs : il doit partir.
1610 septembre 2008. Pour France - Serbie, le théâtral Domenech choisit de redevenir entraîneur de football. Il casse son équipe en renonçant au 4-4-2 pour un 4-2-3-1 qui intègre Clichy, Abidal dans l'axe de la défense et surtout Gourcuff dans l'entrejeu. Son coaching devient gagnant avec l'entrée d'Anelka à la place de Benzema. Il obtient d'Henry qu'il s'excentre à gauche en seconde période. Les Bleus réagissent et gagnent 2-1.
1610 septembre 2008. Raymond Domenech commente la performance avec l'électricité d'un survivant ?. «Je suis soulagé de savoir que cette équipe a répondu à ce qu'on imaginait d'elle et ce qu'elle était capable de faire.» Et c'est tout ? «C'est déjà pas mal», a-t-il répondu dans un sourire entendu. Une consoeur lui fait observer que ses choix ont porté leurs fruits, il demande : «Redîtes-le. C'est juste un constat, mais dîtes le plus fort. Ah, merci vraiment.»
1613 septembre 2008. Domenech a gagné, mais Domenech agace toujours. Jean-Pierre Escalettes dit qu'il n'y aura « rien d'automatique » lors du conseil fédéral du 15 octobre. Même s'il gagne en Roumanie, il ne sera pas protégé, comprend-on. Noël Le Graët, qui milite pour la continuité, souligne ce qui ne va pas : « Je soutiens Raymond mais je n'ai ni les yeux bandés ni des boules Quies». Il ne sera pas seulement jugé sur les résultats mais aussi sur l'attitude. Jean-Pierre Escalettes vacille, lui aussi. Il sent que les amateurs ne veulent plus du coach.
162 octobre 2008. Raymond Domenech parle de «dictature du résultat», avant Roumanie - France. C'est un homme marqué. Raymond Domenech a le visage creusé, la voix lasse et les réponses automatiques quand il publie sa sélection. Il refuse de parler de son avenir, qu'il sent confusément bouché. «La seule chose qui compte, c'est que l'équipe de France aille à la Coupe du monde 2010.»
1611 octobre 2008. « Bien joué, bien joué », c'est un Raymond Domenech radieux, ému presque, qui serre les poings après Roumanie - France (2-2). « Cette équipe dégage quelque chose », souligne-t-il. Dans les minutes qui suivent le match, son attitude dégage un soulagement énorme. Il pressent que le conseil fédéral ne pourra pas couper son équipe dans son élan. C'est une passoire derrière ? Elle a du tempérament et s'est découvert un super meneur avec Gourcuff, un joueur que Domenech a lancé contre tous les pronostics...
1613 octobre 2008. Veille de France - Tunisie. Le même bonheur d'exercer se lit sur le visage du sélectionneur. Sauf scénario invraisemblable lors du match amical du Stade de France, Raymond Domenech a sauvé sa place. Pour en arriver là, il aura eu besoin de réussite. En tenant l'Autriche en échec (1-1), les Iles Féroé ont permis aux Bleus d'avoir seulement deux points de retard sur les leaders du groupe 7.
1615 octobre 2008. Raymond Domenech peut aller au bureau tranquillement. Même avec un vote à bulletins secrets, il a été prolongé avec 19 voix favorables et 1 abstention par le conseil fédéral. Sans condition cette fois. Jusqu'à la Coupe du monde en Afrique du Sud en 2010. S'il qualifie les Bleus, il deviendra le sélectionneur le plus capé de l'histoire des Bleus, devant Michel Hidalgo. Le champion d'Europe 1984 a 75 matches derrière lui. Domenech, 59.































