PAS FOU CE ROMAIN
Par Stéphane BITTON, à Nantes

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Décidément, les jours se suivent et se ressemblent pour les coureurs français sur ce 95e Tour de France. Mieux même, ils embellissent. Très en vue depuis deux jours, deux d'entre eux, Samuel Dumoulin et Romain Feillu, ont réussi un brillant doublé à Nantes, fait d'une victoire d'étape pour le premier et de la prise du Maillot Jaune à Alejandro Valverde pour le second. Ce lundi, il ne fallut que quelques hectomètres pour assister aux premières velléités d'échappée de la journée. L'expérimenté Stéphane Augé (Cofidis) nous confiait au village départ «se sentir bien et que Samuel (Dumoulin) ou lui allait tenter quelque chose».
Et comme promis, Samuel Dumoulin attaquait d'entrée et semait le peloton, rejoint très vite par un autre Tricolore, Romain Feillu (Agritubel), suivi par l'Italien Paolo Longo (Barloworld) et l'Américain William Frischkorn (Garmin). Le peloton ne réagissait pas. L'écart prenait des allures de gouffre. Après seulement 24 kilomètres de course, les quatre échappés comptaient déjà huit minutes d'avance sur un peloton démobilisé ou trop confiant. Les conditions météo étaient dantesques. Pluie, vent et froid accompagnaient la course. Romain Feillu, le mieux classé des quatre, savait qu'avec abnégation et réussite, il pouvait transformer son virtuel Maillot Jaune virtuel en réalité. Avec 13'50'' d'avance, il le touchait du doigt. Puis avec plus d'un quart d'heure d'avance, il ne pouvait, il ne devait plus lui échapper. La Triple-Entente devenait quadruple.
Une échappée qui va au bout
Les formations Bouygues (pour le régional de l'étape Jérôme Pineau, natif de Nantes), Crédit Agricole (pour le sprinteur maison Thor Hushovd), Columbia (pour Cavendish et Ciolek) et surtout Caisse d'Epargne (pour défendre le Maillot Jaune de Valverde) travaillaient dur et tentaient quelques timides relances. En vain. Sur la fin de la course, l'écart reprenait des dimensions humaines : 4'30'' à 20 kilomètres de Nantes, puis 3'26'' à 13 kilomètres de l'arrivée. Une seule certitude, les poursuivants ne reviendraient jamais et l'échappée irait au bout pour la première fois cette année. L'explication finale pouvait débuter. A 1500 mètres de l'arrivée, Samuel Dumoulin attaquait, Longo lâchait prise, Frischkorn et Feillu s'accrochaient et revenaient à hauteur du coureur de la Cofidis. Après plus de deux heures "à la planche", les trois hommes se lançaient dans un sprint échevelé à l'énergie. Samuel Dumoulin passait la ligne en première position et pouvait exulter. La chance venait de sourire. au malchanceux. Romain Feillu se contentait d'une troisième place au bon goût acidulé et synonyme de Maillot Jaune. C'était là l'essentiel. Belle revanche sur le destin pour un garçon encore perturbé il y a quelques mois par une toxoplasmose. Remonté sur le vélo «un premier avril», sa tunique jaune ne ressemble pourtant pas à une blague.



















