Une nuit à regarder les JO à la télé est l'assurance d'un sacré choc des cultures. Le téléspectateur peut débuter sa nuit sur les pistes de Whistler pour y vivre les exploits de nos biathlètes (Jay, Dorin, Brunet), combinés (Jason Lamy-Chappuis) et bientôt de nos fondeurs et sauteurs (en tout cas on l'espère). La carabine rangée et les fleurs distribuées aux heureux élus, il peut filer à la Thunderbird Arena du hockey sur glace et écouter au passage les commentaires toujours pertinents de Roch Voisine, le consultant de France Télévisions, ancien joueur de très bon niveau (mais Hélène, toujours seule sur son sable, n'a pas pu venir). Entre-temps, notre noctambule sera peut-être passé par les pentes de Cypress Mountain et ses épreuves de ski acrobatique et de snowboard. Au milieu de sa nuit, direction la patinoire du Pacific Coliseum où se déroule le patinage artistique. Les yeux seront cernés au petit matin mais quel voyage ! Car si seulement quelques kilomètres séparent ces sites, il y a en réalité un monde entre leurs univers.
Les Jeux, chacun y trouve finalement son bonheur. Les amoureux des grands espaces et des pistes tracées entre les sapins enneigés (même si à Vancouver, ils sont rares) adoreront se caler dans la trace de Björndalen ou Vittoz. La fameuse «ménagère» se régalera des pirouettes du Suisse Stéphane Lambiel et notera les petits détails des tenues des patineuses savamment cousues par leur maman. Le lycéen de retour d'une journée passée dans la poudreuse de ses sorties hors piste, s'extasiera sur les performances des bosseurs ou snowboarders et ira se coucher bien décidé à tenter de les imiter le lendemain sur le snowpark de sa station (le résultat n'est pas forcément garanti). Petite précision : il n'est pas interdit non plus de tout aimer.
La longévité du mythe olympique s'explique aussi par cette diversité et cette faculté du Comité olympique à suivre l'air du temps. En intégrant depuis plusieurs années des disciplines «tendance» comme le snowboard ou le ski acrobatique, les instances olympiques ont assurément joué la carte jeunes et attiré une nouvelle «clientèle» (le business et les intérêts économiques ne sont jamais très loin, soyons réalistes). Mardi, quand Déborah Anthonioz est allée toucher l'argent du snowboardcross, seul le nom de son club, l'ASPTT Annemasse, donnait une petite touche rétro à l'instant. Comme pour les bosses précédemment, certains devant leur télé ont même dû prendre un sacré coup de vieux. Car ici, les pantalons sont larges, les discours pour le moins énergiques, à l'image des commentaires de Paul-Henri De Le Rue ou d'Océane Pozzo au micro de Marie-Christelle Maury dans la raquette d'arrivée.
S'il veut comprendre un minimum ce qu'il voit, mieux vaut pour le non initié sortir le dico ou trouver le bon site sur Internet. Pas toujours évident de s'y retrouver dans les D-Spin, Egg roll, Helicopère (ça, ça va encore, on visualise), MacTwist, Corked, back-twist ou autres grab effectués lors de ces manches qu'il s'agit d'appeler des «runs» si l'on ne veut pas passer pour un ringard. Sortez vos cahiers, vous avez encore la journée de mercredi pour réviser. Car la nuit prochaine, les adeptes du half-pipe entreront en scène dans leur gros demi-tunnel de neige long de 160mn, large de 20 et bordé de deux murs de 6,50m de hauteur. Dommage d'ailleurs que dans cette «demi-lune» le CIO n'ait pour l'instant fait les choses qu'à moitié en ne conviant que le snowboard mais pas encore les skieurs. Médaillés d'or et de bronze des X Games il y a trois semaines, Kevin Rolland et Xavier Bertoni auraient probablement gonflé encore un peu le tableau des médailles tricolores.
Et si le D-Spin 1080 ne vous parle pas, vous pourrez toujours vous reporter sur le ski de fond, le patinage de vitesse, le hockey-sur-glace, la luge ou le skeleton. Quelle que soit la discipline, que les pantalons soient larges ou moulants, que l'on y parle un français classique ou rempli d'anglicisme, les émotions sont les mêmes. Les larmes des battus sont toujours aussi touchantes, celles des vainqueurs toujours aussi émouvantes. Alors vivement la nuit prochaine !
Pascal GREGOIRE-BOUTREAU
Retrouvez tous les jours une chronique consacrée à l'actualité olympique

Pourquoi la maternité signifierait-elle l'arrêt du sport ? Maud Giraud et Cécile Bertin,...
Mise à jour de votre statutVotre statut a bien été modifié et est désormais visible par tout vos amis. |
||